Tiens, il pleut ! Sphères en papier végétal

Oeuvre en papier végétal d'Aïdée BernardOeuvre papier végétal d'Aïdée BernardOeuvre papier d'Aïdée BernardOeuvre en papier végétal d'Aïdée Bernard

Installation lumière et papier végétal 2011

Papier de celluloses de folle avoine, iris, gynko, peuplier, micocoulier, palmier, yucca nature et teint au curcuma, à l’échalotte et à la garance.


Les sphères exposées sont de fines dentelles de papier végétal de fibres brutes. En suspension, elles flottent dans des raies de lumière, laissant entrevoir des écritures.
C’est pour moi un espace émotionnel à traverser, quelque chose d’intime qui se projette en ombre au sol, ici, où nous semons la vie.

J’aime m’immerger dans la nature – Article pour Watermark le bulletin de l’iapma.

J’aime m’immerger dans la nature. Sentir profondément d’où je suis, d’où je viens… Le rythme des saisons, l’impact de la terre, son humidité, sa chaleur, le cosmos qui nous entoure. Tout cela me met en mouvement.

Un jour la découverte de la technique de fabrication du papier  m’a offert de sublimer cette rencontre avec le végétal. Plus qu’un simple support, le papier végétal se dévoile pour moi, un mode d’expression à part entière.

Le processus de transformation de cette matière me fascine, il est en résonance avec mon travail personnel, intime, de construction de moi, là où nature et culture prennent sens.

J’utilise les plantes à papier locales pour fabriquer mon papier. Chaque plante apporte une qualité qui la prête à une forme et à un usage spécifique. Leur transformation en celluloses par l’alchimie des cuissons en lessive de cendres, révèle une matière vivante et changeante au fil des saisons. Les fibres sont ensuite neutralisées pour être travaillées à PH 7.

J’ai adapté la technique du papier « japon » aux fibres locales, celles qui m’entourent.

Attirée par les textures diaphanes des papiers « japons », j’ai découvert que lorsqu’on utilise directement les végétaux pour extraire chimiquement la cellulose, on obtient des fibres beaucoup plus longues que celles des papiers de bois où les fibrilles sont souvent cassées.

Avec l’ajout du Néri, cette substance visqueuse extraite de plantes, les fibres s’étalent et cela rend le papier extrêmement fin, propre à la transparence, malléable et résistant.

Pour faire mes filigranes, j’utilise des jets d’eau en pulvérisation. Les sillons incisifs, séparent la barbe des fibres, les jets tombent en pluie, ruissellent sur la pulpe.

J’écris en filigrane. Les mots sont omniprésents, même dans le silence, le bain de langage est là. L’inscription en filigrane se lit par transparence grâce à la lumière. C’est une expression secrète, qui est liée au fond, qui fait corps avec le papier.

La surface est trouée, fragilisée par la trace de l’écriture, par le marquage de l’eau. Le papier témoigne de l’altération, rappelle la naissance et la mort.

Le papier issu de l’eau, en y retournant se décompose et se dissout. A nouveau je peux reconstituer une feuille de ces restes. Éternel recommencement, il évoque la nature même de notre être sans cesse recyclé, reformé.

 

I Love to Immerse Myself in Nature – Traduction Sophie Reynolds

Aidée Bernard

I love to immerse myself in nature. The day I discovered paper making I’d found a medium through which to share my encounters with the plant world with others.

Paper reveals itself to me as something in its own right, complete in itself, expressive of its own self, rather than just being the backdrop for writing.

The paper embodies the quality of my wanderings in nature, that of being both apart from the world, and, sheltered by the canopy of trees, unusually close to it.

When harvest time arrives, each plant tells me a story….. and its particular characteristics determine what shape and use it will lend itself to. I love most the delicate and newborn fibres of spring, viscous and shiny. The wild oats I gather are like this. Their transformation into paper fibres through the alchemy of the cooking process produces a vibrant material that varies depending on whether the oats were harvested in spring or winter. The fibres are then neutralised to ph7 in order to be worked upon.

I have adapted the Japanese paper making technique to the local fibres that I find around me. Drawn to the diaphanous textures of Japanese paper, I’ve discovered that when one chemically extracts cellulose directly from plants, one can obtain much longer fibres than when extracting from wood pulp where the fibrils get damaged and often broken. With the addition of Neri, the viscous substance extracted from plants, the fibres stretch, rendering the paper transparent, malleable and strong. It can be rubbed, folded and shaped without being torn.

While the paper pulp is still in the ***’tamis’ **** I ‘write’ on it, using jets of water to make traces or ‘tracks’. The force of the jets parts the shreds of the fibres into well defined grooves. I can also create other effects by ‘raining’ down water onto the paper, or letting it run across the paper in rivulets.

Words are omnipresent, even in silence the totality of language is there. It is thanks to light that my water created writing is legible, thanks to the transparency of the paper. It is a secret communication that can exists only in symbiosis with the very matter of the paper.

The surface is pierced, rendered fragile by the traces of writing, by the water marks. The paper bears witness to damage, the inevitable wear and tear of life. It speaks of birth and death. I love to make the surface as thin as absolutely possible, like a film, a skin that tells the invisible story of that which has touched me, that which is there, but ineffably, not possible to be said, a murmur in the ear.

Paper is born of water, in returning to it, decomposing and melting back into it, it can be reformed ad infinitum; the simple and direct experience of this in paper making puts us in touch with an aspect of our human journey, our own nature as body and soul of being endlessly made anew, recycled, re-formed.

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