Livre jupe

« La jupe de correspondance »

Folio d’or de l’exposition concours de livres d’artiste 2012 à Albi

C’est une correspondance de 22 ans qui est au départ de ce livre-objet. Une écriture de réconciliation avec ce qui fut vécu d’abord comme une impasse, une histoire impossible, un amour sans réciprocité, devenu avec le temps, une amitié partagée.

Ces mots ne peuvent se transcrire que sur le papier que je fabrique, avec des plantes locales, transformées par l’alchimie des cuissons, en celluloses. La cueillette des plantes, les différentes étapes de fabrication mobilisent mon corps, mes mains, un savoir-faire artisanal (œuvre de vie dont l’art se transmet dans le temps) et cela contribue à faire du papier naturel obtenu, une matière peau. Cette peau représentée est prête à recevoir les mots de ma renaissance à la relation.

Je voulais que cet objet puisse être porté, porté par une femme, comme on porte un vêtement, correspondance d’humeur avec cette histoire, qui s’accorde à une expression de plus en plus intime. Je voulais aussi que le texte soit lisible, qu’on puisse le parcourir en tournant les pages. J’ai donc utilisé un patron de « jupe en accordéon » où chaque page est un pan de la jupe. Les pages sont des trapèzes de 6cm x 45cm x 32cm, cousus de fil rouge. Ils sont reliés par un cordon qui devient en l’ouvrant la ceinture d’une jupe (à l’image de la jeune danseuse de Degas).

Les papiers sont texturés de fibres battues pour une fabrication de papier « japon » d’une extrême finesse et de fibres entières, dentelles de feuille ou fibres teintées à la garance. Ils comportent des filigranes de calligraphies inventées et des empreintes de dentelles anciennes, fragiles, diaphanes, délicates. Ils sont ce voile protecteur, sublimé, d’un corps qui retrouve la candeur de l’adolescente désirée, aimant être regardée, muse distante.

Le texte est imprimé au format des feuilles, il est transcrit dans une typographie qui permet une grande lisibilité. Certaines pages ont été scannées, car elles comportaient des dessins ou des illustrations. Elles permettent aussi un contact visuel avec l’écriture, la mienne et celle de l’autre.

Il y a 28 pages dont la couverture portant le titre « traverses intentionnelles ».

Aïdée Bernard 2012